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Programmes Futurs Immédiats – Synthèse de la rencontre et Pensées autour de l’industrie textile française de demain

     Pour faire suite à l’article et aux réflexions menées par Marion dans celui-ci, je partage avec vous cette après-midi passée à réfléchir àl’avenir de l’industrie textile française et de son orientation « eco-friendly ».

    Ces propos sont issus de l’observation, de l’écoute de l’ensemble des participants et de ma réflexion sur tout ce qui a été dit et montré lors de cet événement.

    En tant que représentante des industriels du textile français par le biais d’Altertex – groupement de PME du textile français qui souhaite augmenter la part du textile éco et bio sur le marché afin de diminuer de façon significative le poids environnemental du textile, mais nous aurons l’occasion de vous en reparler très prochainement plus en détail, et chef d’entreprise textile certifiée GOTS par Ecocert depuis 4 ans maintenant, il était évident que la réponse à la question « To Be or Not to Be Ecofriendly » était pour nous : Oui, et même To Be Certified !

     J’ai été agréablement surprise de constater dès les 1ers instants de notre rencontre que le débat se porterait plus loin et que cette question posée n’était qu’une interpellation.

    Il était évident, me semble-t-il, pour la grande majorité, qu’être éco-friendly était plus qu’une nécessité mais devenu désormais pour tous vital à la fois économiquement, mais aussi humainement parlant.

Qu’est-ce être éco-friendly ?

    Etre éco-friendly, c’est forcément éco-concevoir avant la naissance et jusqu’à la mort un produit, mesurer l’ensemble des impacts négatifs que sa production et son recyclage vont avoir, dans la mesure du possible changer, ou diminuer ses impacts négatifs. C’est penser à sa qualité pour une belle longue vie (exit le jetable à tout va ou la mort programmée, l’objet doit durer le plus longtemps possible), imaginer et mettre en place sa 2nde vie par le recyclage par exemple… bref, éco-concevoir un produit ce n’est pas vraiment faire de savants calculs pour augmenter sa marge à chaque étape et grappiller quelques centimes à droite et à gauche pour  avoir plus de sous et ne pas trop regarder à l’impact sur l’environnement, la santé et l’humain. Mais plutôt, sans cesse étudier l’impact de chaque ajout, chaque processus d’approvisionnement et de production sur l’environnement, sur la santé et sur l’humain, et choisir non pas celui qui coûte le moins cher financièrement mais celui qui a le juste prix tout en ayant l’impact le plus insignifiant… et quand le processus n’existe pas encore, charge à nous de l’imaginer, de le penser et de le concevoir.

L’industrie en France, une situation désenchantée

     Le constat est frappant du haut de mes 30 ans, le chômage est à son apogée et pour l’instant, rien ne vient l’endiguer.

    La désindustrialisation de la France est un problème majeur  car il est la source même de la baisse d’emplois et de l’augmentation du taux de chômage dans notre pays.

    Il y a un peu plus de 20 ans, l’industrie textile française parmi d’autres secteurs industriels s’est effondrée et n’a pas su faire face à la délocalisation massive vers l’Asie des productions notamment de collections de prêt-à-porter. Perte d’emplois, perte de savoirs-faire, …, nous pouvons que constater amèrement aujourd’hui les dégâts de cette période. Mais il fallait arriver à nous vendre des tee-shirts à moins d’un euro…

Pourquoi ?

    Nous avons en France les règles sociales et environnementales les plus strictes créant de fait un surcoût aux matières textiles produites alors que nous sommes dans un monde capitaliste où le prix prime.

    Vouloir baisser le prix des tissus produits en France et donc ces standards stricts qui font nos valeurs, notre qualité et notre atout est impensable et illusoire.

   Mais il est possible de mettre en place des solutions concrètes pour valoriser les systèmes de productions industriels vertueux en France notamment par une plus grande visibilité et communication – donc être lisible et visible – sur cette valeur propre au textile français.

On peut être les meilleurs et faire les meilleurs efforts si personne ne le sait cela ne sert à rien !

   Les industriels d’ Altertex – qui souhaite devenir un véritable outil de stimulation du textile durable français par la mise à disposition de moyens de connaissance, d’investigation et de communication aux industriels français qui souhaitent s’engager dans cette démarche – dont je fais partie, n’ont pas attendu que l’on nous propose d’en haut des solutions innovantes de valorisation et de pérennisation de outils et savoir-faire propres et qu’elles soient mises en place.

    Pour ma part, cela fait 4 ans que nous travaillons mes partenaires et moi-même de façon collaborative et dans l’optique d’une économie circulaire verte ou durable (à contre-courant du Capitalisme) à la mise en place d’une filière autonome, solide et complète certifiée GOTS. D’autres ont mis en place de véritables filières de recyclage avec préservation des fibres pour le tissu produit reste qualitatif.

    Nous travaillons tous les jours avec nos moyens tels qu’ils existent et à notre échelle à l’édification et la mise en place du monde industriel français de demain.

    Les idées, les envies, les solutions innovantes sont testées et commercialisées. Il nous manque à ce jour un relais fort de promotion et de visibilité de nos atouts auprès du consommateur final : notre industrie textile qui était exemplaire en matière sociale et environnementale est devenue le must de ce que l’on peut faire par la mise en place de ces filière biologiques et de recyclage. Il est dommage qu’à ce jour nous n’ayons pas le soutien que peuvent avoir les industriels asiatiques par exemple dans leur choix de se faire certifier GOTS de la part de leur gouvernement.

Mon ressenti

    J’ai quitté cette réunion, confortée dans les choix faits lorsque nous avons entrepris ensemble de créer cette filière textile GOTS française unique à ce jour, persuadée qu’il s’agit là l’un des meilleurs moyens de transformer ce qui a été auparavant une faiblesse en une force, véritable moteur pour l’industrie textile française, mais sceptique sur 2 points :

– le 1er étant le décalage temporel entre le discours des autorités représentées lors de cette réunion et notre réalité d’industriels. En effet, les 1ers ont insisté en nous disant qu’ils espéraient que nous travaillions à l’élaboration de systèmes qui soient opérationnels techniquement et viables économiquement afin que tout cela voit le jour dans un futur proche… Alors que j’ai présenté durant la réunion ce qu’ils s’attendent à découvrir dans un futur proche et qui existe déjà !… Sommes-nous dans la 4e dimension ? Où parlons-nous une autre langue ? Ce qu’ils cherchent à mettre en place est sous leurs yeux ….

– le mélange entre le recyclage et le biologique sans aucune distinction. Un tissu biologique n’est pas un tissu recyclé et à ce jour, on ne peut pas se déresponsabiliser de produire un tissu « conventionnel »  sans aucune éco-conception (pour rester polie) sous prétexte qu’il deviendra « propre » lorsqu’il sera recyclé. Un tissu lambda qui est recyclé garde la trace de toutes ses cochonneries une fois recyclé…

La suite …

    Les résultats de ces concertations seront présentées début juin 2015 à Bercy afin que soient prises des mesures pour l’industrie française. J’espère de tout cœur que notre voix ait été finalement bien entendue et que nos efforts paieront sous peu afin que nous puissions chacun à notre niveau relancé l’industrie et l’emploi en France !

Je vous laisse méditer sur ces 1ères réflexions,

Amandine

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