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Le polyester, tu ne laveras point !

Après la viscose et ses déclinaisons, il est tant de s’attaquer maintenant à la fibre textile par excellence du 21e siècle : le polyester ou PET ! Car le polyester représente plus de 80% des fibres synthétiques et plus de 50% des fibres produites au monde ! On la retrouve partout, autant dans les textiles utilisés pour l’ameublement, l’automobile, …, mais en grande majorité dans le prêt-à-porter ! Nous produisons 8323 kg de polyester à chaque seconde dans le monde, soit environ 42 millions de tonnes par an alors que le coton représente 27 millions de tonnes (en 2008) *.

Qu’est-ce que le polyester ? Il s’agit comme le nylon, l’acrylique, l’élasthanne ou encore le polyamide d’une fibre dite synthétique produite à partir d’éléments du pétrole. Le raccourci le plus facile à comprendre est qu’il s’agit d’une sorte de plastique

Apparue en France, en 1954, le polyester est un polymère obtenu par synthèse chimique : la polymérisation (association d’un grand nombre de molécules chimiques simples pou obtenir des macromolécules). La condensation de 2 composants du pétrole, un acide (acide téréphtalique) et un alcool (éthylène glycol) permet d’obtenir une sorte de gel qui sera passé au travers de filières pour ensuite sortir sous forme de fils polyester.  Afin de refroidir les fibres ainsi produites, il existe plusieurs procédés  – filage par fusion, filage à sec et filage au mouillé. Pour le polyester, est utilisé le filage à sec principalement, tandis que pour l’acrylique, est utilisé le filage au mouillé très gourmand en eau. La production de polyester génère également des émissions toxiques si elles ne sont pas traitées : cobalt, sels de manganèse, bromide de sodium, antimony oxyde et dioxyde de titane. Lors de ce processus, sont utilisés des agents de préparations chimiques afin de garantir la qualité du processus de transformation en fibres. Pour ne pas gêner les processus de teinture des fibres et d’apprêts par la suite (en empêchant principalement l’adhésion des teintures et apprêts aux fibres), ils sont éliminés par lavage et finissent dans les eaux usées et l’air.

Le processus de fabrication du polyester est un processus négatif en terme d’impact environnemental par ses rejets toxiques, sa consommation d’eau et d’énergie (109MJ pour 1kg de polyester), mais aussi en terme d’impact social et sanitaire pour le producteur qui manipule des produits toxiques.

Si l’on arrive très bien à concevoir l’impact environnemental d’un tissu polyester de par son procédé de fabrication gourmand en eau et toxique par les émanations produites ou encore par le problème que pose son recyclage (car cette fibre n’est au final que peu recyclée – de plus en plus – mais par rapport au volume produit, il s’agit d’une goutte d’eau), il est plus difficile de se rendre compte que son impact le plus vicieux et le plus néfaste provient de notre lavage en machine à laver familiale

En effet, chaque lavage d’un vêtement en polyester ou en acrylique libère environ 2000 micro particules (inférieures à 1mm), définies comme des débris de plastique ou micro-plastiques, dans les eaux de lavages, particules si fines qu’elles ne seront pas récupérées par les stations de traitement des eaux usées et finiront leurs courses dans les rivières, fleuves et les océans, polluant de façon invisible mais néanmoins durable l’eau dont nous avons besoin pour vivre ! Ces micro-particules de polyester et d’acrylique (à 80% les micro-plastiques présents dans les milieux aquatiques sont issus de ces deux types de fibres synthétiques) ne finissent pas leur « vie » à flotter éternellement dans l’eau salée de nos mers. Non, elles transitent par les organismes sous-marins : poissons, crustacés, algues, … qui les absorbent bien malgré eux lors de leurs activités quotidiennes (à l’image des particules émises par les pots d’échappement, que nous assimilons aussi bien malgré nous, mais il est difficile de vivre sans respirer !).

Puis, elles finiront leur course tel un cercle de mort vicieux dans nos assiettes et dans notre corps (on pourrait presque dire « retour à l’envoyeur »…).

Cette pollution sourde dont on est coupable bien malgré nous, souhaitant prendre soin de nos vêtements comme tout un chacun, se répète indéfiniment à chaque lavage de la petite chemise poly-coton préférée par exemple. Elle n’est cependant pas méconnue du monde scientifique puisque la 1ère étude à ce sujet date du 1er novembre 2011 ** ni des journalistes qui avaient relayé sans grande conviction cette information***. Je déplore que depuis 5 années sur les étiquettes d’entretien des vêtements en polyester n’ai pas été ajouté la mention « Lavage à sec uniquement »² et que l’information sur cette pollution soit restée un dommage collatéral trop peu signifiant.

² Il s’agit d’une boutade cynique, désolée. En fait, devrait y figurer la mention « Ne pas laver » comme l’indique le titre de notre article car le lavage à sec conventionnel est aussi une catastrophe sanitaire et écologique !

Mais cela est certainement le fruit de calculs financiers à courts termes, ne prenant pas en compte le coût que va représenter pour la collectivité dans plusieurs décennies cette catastrophe environnementale et sanitaire. Le polyester et ses amis restent les fibres les moins chères du marché, au coût ridiculement bas pour le capitalisme et au coût élevé pour l’homme et l’environnement… Une fois informés, il faut faire notre choix entre les deux.

Comme pour la viscose et ses sœurs, je vous ai préparé un petit pense-pas-bête à télécharger afin de vous aider à retenir les caractéristiques du polyester et de ses acolytes et faire un choix durable pour votre garde-robe réfléchie et engagée !

Amandine

* Consommation mondiale de polyester

** Etude scientifique de Mark Anthony Browne publiée dans le magazine Environnemental Science & technology, 1/11/2011

*** Article du Figaro du 16/09/2011

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2 Comments

  1. […] puisque je ne le quitte plus depuis des mois tellement je l’aime, et que le polyester noir (pouah, j’avais dit que je bannissais) est infroissable et ne ramasse pas la […]

  2. Flo Flo

    Article étonnant. Je n’aurais jamais songé à ce problème de polution par le lavage et pourtant c’est bien logique.
    Le « problème » du polyester, c’est qu’en plus d’être pas cher, il est résistant, facilement lavable, ne se tâche pas trop comme le coton, ne se repasse pas… bref. Il est si pratique dans nos vies si pressées. Et la plupart des gens ne se soucient pas du lendemain. Alors s’alarmer des pollutions futures…
    D’ailleurs même dans des pays où la femme ne travaille pas et semble moins pressée, le polyester est roi, car moderne et peu salissant, surtout quand le noir est la couloir à la mode… (je songe à l’Egypte en connaissance de cause).
    Que faire? Banir le polyester -ce n’est pas simple!!- et partager l’info. Une goutte d’eau mais comme dans l’histoire du petit colibris « moi au moins je fais ma part ».

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