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Le Lin, un petit effort à faire pour Demain !

Il est temps de reprendre nos articles sur les matières après l’interruption en raison du concours avec Pfaff et de notre serveur fatigué ! Avec le lin, nous commençons par la dernière marche du podium enfin ! Car après les précédents articles, notre garde-robe a fondu comme neige au soleil, et certaines d’entre vous, nous ont demandé quoi porté !

Le lin est la matière textile par excellence, utilisée depuis des milliers d’années pour cet usage (des fibres de lin datées de 36 000 av. JC ont été découvertes dans une grotte du Caucase) ! La France et l’Europe sont les 1ers producteurs mondiaux de lin textile :

  • 70% des cultures sont réalisées en Europe (France, Belgique, Pays-bas, Allemagne, Pologne, Lituanie, République Tchèque) ;
  • 67.688 hectares de cultures dédiées au lin textile en France contre 83657 hectares de surface en Europe soit plus de 80% des cultures européennes en France ;
  • Pour la France, le lin textile possède la 1ère place (90%) pour les exportations agricoles devant le champagne (47%) et le vin (33%) en terme de volume ;

La culture du lin

Le lin textile – car il existe aussi un lin cultivé pour ses graines – est semé du 15 mars jusqu’au 15 avril. En rotation avec d’autres cultures, il ne reviendra qu’au bout de 7 ans sur la même parcelle de culture. Le lin est apprécié car il a la faculté de restructurer le sol dans lequel il pousse. Par contre, sa culture est bien plus complexe que les campagnes marketing du CELC ou Masters of Linen nous en donne l’aperçu. Il ne pousse pas tout seul et si l’eau de pluie lui suffit pendant la seconde phase de croissance, la 1ère phase de culture nécessite un apport en eau important. Durant ses 100-120 1ers jours de végétation, il a besoin de quantité d’eau équivalente à une pluie de 700mm. Il faut donc lui choisir des terres arrosées silico-argileuses de consistance moyenne afin que les fibres se développent de façon abondantes et de qualité.

Le semis ne peut être effectué que sur un sol très propre – sans autres herbes. Le sol doit être labouré afin d’obtenir un sol avec une terre fine à 60%. Sa culture est délicate car très rapide (environ 4 mois du semis à la récolte). Et c’est cette durée très courte de culture qui rend difficile tout rattrapage en cas d’incident (mauvaise levée, conditions météo défavorables, présence d’autres herbes, …). Les liniculteurs craignent le phénomène de « verse » – la tige se plie vers le sol – et plus le lin grandit, plus il a de chance d’être soumis à ce phénomène. Parfois, sont donc utilisés des produits chimiques de type « régulateur » de croissance afin de limiter la taille des tiges et donc le risque de « verse ».

Voici les étapes clefs de la culture du lin :

  • 1ère phase : la levée après semis, dont la durée est de 100 jours et se déroule de mars à mai. Le lin pousse jusqu’à atteindre une hauteur de 1m20 environ avec 80 à 100 feuilles par tige. Le lin a besoin d’eau pendant cette période. Il reçoit pendant cette phase environ 3 traitements principalement herbicides afin de préserver son espace de développement.
  • 2ème phase : la floraison a lieu vers le 15 juin. Les petites fleurs bleues du lin ne vivent que quelques heures : s’épanouissant le matin et mourant vers midi. Ce beau spectacle bleu dure environ une semaine. Les fibres ne grandiront plus et les tiges vont maintenant travailler à la production des graines.
  • 3ème phase : la maturité est atteinte en juillet, à savoir 5 semaines après la floraison. La tige jaunit complètement et les feuilles tombent pour 1/3. Le lin n’est pas fauché mais arraché. Chaque tige arrachée est ensuite déposée sur le sol en « andains » (nappe de lin d’une largeur de 1m) dont l’épaisseur doit être faible et régulière.

De la plante au fil

Une fois la culture terminée et le lin déposé à même le sol, il faut transformer la plante en fibre textile. Pour ce faire, il faut :

  • laisser la tige subir une 1ère phase de transformation naturelle : de juillet à septembre a lieu le rouissage. Les andains disposés au sol subissent l’alternance de pluie et de soleil. Cette alternance combinée aux micro-organismes et des bactéries présents dans le sol permet l’élimination de la pectose qui soude les fibres textiles à la partie ligneuse de la tige. Pendant le rouissage, les liniculteurs vont retourner les pailles afin d’obtenir un résultat homogène. Les graines sont récoltées pendant cette phase : les batteuses vont séparer les capsules de graines des tiges, graines qui seront utilisées 6 à 7 ans après pour la prochaine récolte. Lorsque les pailles sont suffisamment sèches, elles sont stockées à l’abri dans l’attente de l’étape suivante. Cette étape a lieu en France.
  • le teillage et le peignage : les fibres de lin sont contenues dans une enveloppe externe appelée paille. Il faut séparer les fibres textiles de la paille et du bois (au centre de la fibre et que l’on récupère pour le jardinage, les litières animales, etc.). Le lin produit 15 à 25% de fibres longues  et 1ha de lin permet la production de 1200 à 1400kg de lin teillé. Ces étapes ont lieu en France grâce aux teilleurs encore présents sur notre territoire.
  • la filature permet de transformer les rubans de lin obtenus après le teillage et le peignage en fils de différentes grosseurs. Cette étape utilise de l’eau par exemple avec la technique « au mouillé » où les fibres sont immergées dans l’eau à 60°C afin d’obtenir des fils fins (pour l’habillement, le linge de maison, …). La technique « à sec » est utilisée pour obtenir des fils plus rustiques et plus épais (cordes, etc.). Cette étape est réalisée à 90% en Chine et le restant en Europe de l’Est, les filatures françaises de lin ayant disparues !

Une fibre qui peut devenir La fibre éco-responsable par excellence dans certaines conditions !

Depuis 2013, une coopérative Normande de lin et de chanvre Bio travaille à la promotion du lin français bio, mais réalise aussi recherches et expérimentations sur la culture biologique du lin. Il y a encore très peu d’années la culture du lin bio en France faisait figure d’exception. En 2015,  grâce à 15 agriculteurs biologiques, 136 hectares de lin textile bio sont cultivés en France notamment dans les régions de Seine-et-Marne (pour la grande majorité), dans l’Eure, le Nord et en Seine-Maritime ! Cela reste au regard des volumes produits par la France chaque année une goutte d’eau, mais nous sommes heureux de voir que le mouvement initié il y a quelques années prend de l’ampleur chez les agriculteurs ! Cette belle initiative est accompagnée par 3 teilleurs français certifiés GOTS… Malheureusement, la filature reste expatriée en Europe de l’Est ou en Chine, le fil revenant ensuite en France parfois pour être tissé. Mais nous avons bon espoir pour qu’une filière complète française se mette en place et que nous puissions trouver bientôt, dans quelques années un fil de lin bio certifié GOTS 100% français ! Nous avons vu que la culture du lin conventionnel était techniquement compliquée. Celle du lin bio l’est davantage à cause des maladies et des ravageurs : cela explique notamment pourquoi les prix du lin bio sont majorés de 20 à 40% par rapport au lin conventionnel.

Pour Les Trouvailles d’Amandine, comme le sourcing d’un lin bio GOTS est compliqué (peu de volumes, l’accès à ces fils est très restreint, le prix de la fibre est rédhibitoire pour notre clientèle…), nous n’avons pas encore pu développer de tissus 100% lin bio. J’attends avec impatience aussi qu’une filature française puisse filer le lin bio cultivé en France car comme cela, le coût carbone de cette fibre sera très intéressant. Je trouve pour l’instant encore dommage que cette dernière étape avant tissage se déroule en Europe de l’Est au plus près et pour 90% en Chine. De plus, nos métiers à tisser n’aiment que très peu les fils 100% lin – cela bourre et casse… Nous orientons donc notre travail de recherches et développement sur un mélange de fibres naturelles depuis 5 ans… Un jour, nous pourrons le partager avec vous !

Comme pour les matières précédentes, je vous ai préparé un petit pense-pas-bête à télécharger afin de vous aider à retenir les caractéristiques du lin et faire un choix durable pour votre garde-robe réfléchie et engagée !

 

Amandine

 

4 Comments

  1. geraldine geraldine

    Merci pour ce nouvel article hyper complet ! Moi qui n’est pas très porté sur le lin je commence depuus quelques temps a imaginer des projets coutures avec. Ton article est ecrit avec beaucoup de passions cela se sent et je trouve ça émouvant (bon c’est peut-être parce que je suis a fleur de peau en ce moment ).
    J’aimerais beaucoup mettre ma pierre a l’édifice. Je suis developpeuse web et si je peux aider pour le site ça sera avec plaisir.

  2. Merci pour cet article passionnant, tres complet et tres bien explique pour les non-inities! Ce serait merveilleux en effet de pouvoir mettre en place une filiere GOTS 100% francaise. Mais je me demandais, il n’existe pas de filature en Belgique? Stragier propose beaucoup de tissus en lin de super qualite, ils ne fabriquent pas sur place?

  3. […] les petites irrégularités qui rendent si intéressant ce tissu même uni, et le fait qu’il ait le potentiel pour être l’un des tissus les plus eco-friendly et durable qui p…. Le bermuda utilise la superbe fine toile de lin de chez Stragier avec laquelle je m’étais […]

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