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La viscose – un faux-ami pour mon dressing responsable

On nous demande très souvent quand nous proposerons une belle viscose parmi nos beaux tissus biologiques… Et bien, JAMAIS !

La viscose est une matière avant d’être un tissu (le raccourci fait mal aux oreilles quelquefois) qui en tant que fibre peut être travaillée en satin, popeline, sergé, crêpe … de viscose ! Bien qu’issue de matières naturelles (bois, bambou, …), la viscose n’est pas pour autant une fibre naturelle. Il s’agit d’une fibre artificielle, obtenue par traitement de la cellulose avec de la soude caustique.

La viscose nécessite un traitement chimique agressif : la pulpe de bois (et non des déchets de bois comme j’ai pu l’entendre !) est dissoute grâce à des bains de soude caustique, afin d’obtenir une masse floconneuse qui est mélangée à du disulfure de carbone pour devenir une pâte utilisée à travers une filière, enfin les filaments ainsi obtenus sont refroidis dans un bain de sulfates et d’acide sulfurique (ou vitriol).

Pourquoi a-t-on inventé la viscose ? La viscose a été inventée pour remplacer principalement la soie  par la mise au point d’un procédé permettant justement d’obtenir une fibre très bon marché fin 19éme/début 20éme siècle – d’où son petit nom de « soie artificielle » – au toucher doux, absorbant, léger, à l’aspect plombant et luisant.

Le procédé viscose est un procédé très polluant de par ses rejets de solvants toxiques, mais aussi par la déforestation massive que la demande entraine.  Il faut savoir que 70 millions d’arbres sont abattus chaque année – soit 140 000 hectares en moyenne –  pour réaliser 5 millions de tonnes de viscose **, uniquement pour répondre à la demande de l’industrie textile. Cette course à la déforestation a un impact très fort sur la faune locale qui voit son habitat réduit à une peau de chagrin. Mais en plus d’avoir un impact très fort sur la faune terrestre, le procédé viscose est très gourmand en eau lors de sa fabrication avec environ 400 à 11 000 litres d’eau consommés pour fabriquer 1kg de viscose, alors que le plastique en consomme 1 à 2 litres pour le même poids*. Il a malheureusement aussi un impact négatif sur la vie aquatique en raison des rejets de substances chimiques et pose la question du traitement de ces déchets chimiques – soude caustique et acide sulfurique – non recyclés…

Outre l’impact environnemental négatif à la coupe des arbres et pendant la création des fibres en raison des rejets chimiques dans l’eau par exemple, il ne faut pas négliger l’impact social et sanitaire de la fabrication de la viscose. Les personnes travaillant à la fabrication des fibres sont soumis à un environnement toxique quotidien qui influence leur santé et leur bien-être. De plus, les intrants chimiques agressifs utilisés dans le procédé viscose deviennent des composants des fibres à part entière et restent présents dans les tissus fabriqués à partir de viscose malgré les traitements (teinture, impression, finitions, lavages …) que subira le tissu avant de devenir votre petite robe préférée. L’impact sanitaire est aussi malheureusement important que néfaste pour les consommateurs finaux (absorption par contact continu avec la peau).

La viscose de bambou, de bois (pins par exemple), mais aussi le cupro, le Lyocell, le Tencel et le Modal sont des fibres artificielles cellulosiques  qui nécessitent toutes le « procédé viscose » pour naître. Mais elles ne se valent pas toutes ! Certaines fibres comme le Tencel et le Lyocell (pulpe de bois d’eucalyptus) sont issues de forêts gérées durablement car elles possèdent un certificat PEFC-FSC (disponible sur simple demande, à exiger donc, en tant que consommateur, pour éviter tout greenwashing !). Elles ont l’avantage aussi d’avoir un procédé de fabrication breveté plus propre qui recycle à 99%  la soude caustique ! Il reste le problème de l’impact sanitaire sur l’homme – producteur et consommateur final…

J’ai réalisé un petit pense-pas-bête qui regroupe les principales informations sur la famille des viscoses avec la notation E dont nous avons parlé dans l’article précédent sur les matières, afin de nous aider à construire une garde-robe stylée et responsable !

Amandine

vignette-viscose-002* Source CNRS

** Source Canopstyle

4 Comments

  1. Goestchel Goestchel

    Ça ne m’étonne pas! cette matière est aussi « censsée » remplacer le lin. Elle n’en n’a pas les qualités mème si en mélange elle « limite » le froissement ..et avec tout ça c’est une matière très fragile quand elle est mouillée.

  2. […] En tant que bonne parisienne, je vais au Marché Saint Pierre. Je commande parfois sur internet, mais c’est très rare, j’aime trop toucher le tissu, constater par moi-même son poids et son tombé … J’essaie de plus en plus de faire attention à la provenance mais je trouve que ce n’est pas évident. Ce n’est pas toujours marqué sur le rouleau et je ne prends pas toujours le temps de demander. J’ai lu récemment un super article, comme sait si bien les écrire Amandien Chassolier, sur la viscose. Tu savais toi que la consommation d’eau pour faire 1kg de tissu est d’environ 400 à 11 000L d’eau ?! Eh bien, on ne m’y reprendra plus ! (Source : http://www.amandinecha.com/blog/la-viscose-un-faux-ami-pour-mon-dressing-responsable/) […]

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